Macron a promis des chèques alimentaires… Qu’en penser ?

C’était une des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, que le gouvernement a écartée dans un premier temps, avant de s’engager à la mettre en œuvre : des chèques pour consommer bio et en AMAP pour les plus démunis. Une bonne chose ? Tels que proposés, nous sommes certains que non.

Néanmoins, l’engagement du gouvernement à mettre en place ces chèques alimentaires a indéniablement quelque chose de positif : c’est une forme de reconnaissance de la précarité alimentaire qui explose, une première mesure proposée autre que l’aide alimentaire “classique”, soit essentiellement de la distribution de surplus de l’agroindustrie pour répondre à la précarité alimentaire. Et peut-être même une forme de reconnaissance de l’injustice sociale dans l’accès à une alimentation de qualité ?

Mais peut-on se contenter d’une minime amélioration de l’aide alimentaire existante pour faire face aux enjeux alimentaires, agricoles, environnementaux ?

Ces chèques alimentaires sont tout d’abord inacceptables dans l’image qu’ils renvoient d’une politique pour les pauvres, loin d’un travail universaliste seul à même d’institutionnaliser un droit émancipateur. Qui peut “bien manger”, pour reprendre la proposition de loi de Matthieu Orphelin pour créer un chèque “bien manger”, avec un post-it de pauvre écrit sur son alimentation ? C’est un fort manque de respect fait aux personnes destinataires de l’aide alimentaire que de flécher ces bons vers un type d’alimentation ou d’approvisionnement sans leur laisser le choix. Qui, parmi nous , accepterait de se faire dicter son alimentation ?
 

Ils ne sont de plus pas pertinents dans leur mise en œuvre : il existe peu d’AMAP ou de lieux de distribution d’alimentation biologiques dans les zones de vie qui concentrent les populations les plus défavorisées. Tout mène à croire que les personnes qui n’auront pas le choix de leur alimentation auront de grosses difficultés à utiliser ces bons. Les expériences de ce type et qui fonctionnent sur le terrain sont construites en concertation en amont avec les personnes destinataires, clef de la réussite du dispositif, non prise en compte dans le projet gouvernemental !
 

Enfin, ces chèques présentent également des risques, de part le découplage de cette mesure avec la transformation de l’agriculture. Le label bio n’est en rien un gage contre l’industrialisation de l’agriculture. Une augmentation massive de la demande sans politique de transition agricole ambitieuse verrait certainement des projets bio-industriels ou locaux-industriels forts peu recommandables voir le jour, ainsi que des recours massifs aux importations. Ils peuvent ainsi mettre en grande difficulté certaines AMAP.  Une filière agroalimentaire ne se crée pas par le simple jeu de l’offre et la demande, c’est un travail complexe qui demande des politiques publiques articulées à différents niveaux, ce que la proposition de chèques oublie.

Pour conclure, un système de “chèques alimentaires” peut avoir de l’intérêt, avec de nombreuses modifications qui répondent aux enjeux ci-dessus (accompagner la transformation de la production et de la distribution en fonction, travailler avec les centres sociaux/les CAF pour animer le fléchage des produits accessibles vers les besoins des destinataires, avec l’avis des destinataires, en évitant la stigmatisation, etc.), qu’à condition qu’ils soient une mesure transitoire vers la mise en place d’un droit à l’alimentation durable, par exemple par une sécurité sociale de l’alimentation.