Pourquoi la démocratie est au cœur de la SSA

Les désordres alimentaires et agricoles auxquels la SSA prétend répondre sont en grande partie des conséquences du capitalisme. Les systèmes alimentaires en France et dans une majeure partie du monde ne servent ni à nourrir la population ni à rémunérer les travailleuses et travailleurs qui produisent, transforment et distribuent cette alimentation. Au contraire, ils n’ont pour fonction principale que de produire du profit. L’alimentation ou le revenu ne sont que d’éventuels effets secondaires, dont tout le monde ne bénéficie pas. Pour sortir de cet état de fait désastreux, il faut penser des systèmes alimentaires organisés autour d’un principe fondamentalement hors du capitalisme et de l’un de ses instruments, le libre marché. Ce principe est la démocratie.

Pour coordonner la production et la distribution de l’alimentation, la démocratie peut se substituer au libre marché – c’est ce que nous apporte l’analyse du régime général de sécurité sociale entre 1946 et 1967. Ainsi, ce n’est plus l’offre à la recherche de profits et la demande d’individus solvables qui doit déterminer la production et l’accès à l’alimentation, mais la délibération collective entre égaux. Cette délibération démocratique, à même de faire ressortir l’intérêt général, doit avoir lieu entre les citoyens et citoyennes en tant que mangeurs mais aussi au sein des filières agro-alimentaires pour organiser le travail dans les entreprises.

Les enjeux environnementaux ne sont pas exclus de notre réflexion sur la SSA. Nous considérons qu’aucune décision humaine ne devrait permettre sa destruction. Pour autant, la SSA n’a pas pour objectif d’imposer nos idées en matière d’environnement mais bien d’ouvrir un débat démocratique dans lequel la question environnementale aurait toute sa place. Nous l’affirmons d’autant plus fort que nous sommes persuadés qu’une majorité de personnes partage ces enjeux.

L’urgence environnementale et en premier lieu l’urgence climatique peut paraître incompatible avec le temps de la démocratie.  Cependant, nous sommes persuadés que l’espèce humaine ne décidera collectivement de la préservation de l’environnement que si une grande majorité de ses membres est convaincue de son bien-fondé. C’est-à-dire non pas en espérant que chacun fera volontairement sa part, mais en créant un cadre systémique dans lequel les efforts faits par les uns ne sont pas détruits par les autres. Cette conviction collective ne peut advenir et s’exprimer que par un processus démocratique. Nous pensons que toute tentative de « dictature verte » transformerait la préservation de l’environnement en un vecteur d’oppression et mobiliserait la population contre l’environnement.

En 1946, la démocratie était au cœur de l’organisation du régime général de sécurité sociale, et nous nous revendiquons de cet héritage. C’est le premier pilier qui a été attaqué, le plus gênant pour le pouvoir, permettant par la suite l’ensemble du démantèlement encore en cours de la sécurité sociale par les gouvernements successifs. Mettre en avant la démocratie est ainsi autant une finalité qu’un moyen pour assurer la pérennité du processus d’institutionnalisation de l’alimentation comme un commun.

Maintenant que notre volonté de démocratie dans l’alimentation est établie, tout le travail reste à faire pour imaginer comment elle pourrait s’organiser dans une SSA. C’est un des chantiers auxquels s’attelle actuellement le collectif Pour une SSA.